DR. RENATE WERWIGK-SCHNEIDER

Nous ne voulions pas nous laisser enfermer

Dr Renate Werwigk-Schneider a presque achevé ses études de médecine à la Humbold Universiät de Berlin, lorsque la ville est divisée en deux, le 13 août 1961. La nuit de la Saint Sylvestre, son frère parvient à s'enfuir avec l'aide de leur père en banlieue Sud de Berlin Ouest. Aussitôt arrivé, il étudie les possibilités de fuite pour sa soeur aînée et ses parents. Un jour, il apprend d'un ami que quelque chose se prépare, Un semestre durant, ils se tiennent alors prêts et attendent des informations plus précises. Pendant ce temps, des étudiants creusent un tunnel dans une fabrique à l'ouest de la Bernauer Strasse, direction Brunnenstrasse 45.

Lorsque le tunnel est percé et les fuites débutent, Renate Werwigk-Schneider et ses parents prennent leur coccinelle en direction de la Wilhelm Pieck Strasse non loin de la frontière. De là ils doivent se rendre à pied à la Brunnenstrasse 45, entrer dans la cave et attendre une réponse au mot de passe. Comme ils ne reçoivent aucune réponse au mot de passe, ils repartent en tremblant. Arrivée à leur voiture, il découvrent horrifiés que pendant leur absence une pancarte a été posée faisant la réclame pour un salon d'esthétique. Elle a été placée par des passeurs. Le texte publicitaire dissimule pour les fugitifs avertis, le lieu de fuite: la Brunnenstrasse 45. Inquiet, le père arrache la pancarte et repart avec son épouse et sa fille chez lui. 4 jours plus tard, ils sont à nouveau informés que l'action va maintenant débuter. Arrivés à Berlin, ils apprennent que le tunnel a été trahi.

En février 1963, 2 jours plus tard, le père est interpellé à une station service, Renate Werwigk-Schneider à son domicile et conduite à la maison d'arrêt de Potsdam. De là, elle est transférée à la prison de la Stasi de Berlin Hohenschönhausen. Une équipe d'enquêteurs du ministère de la sécurité essaie de lui décrocher des détails sur la fuite massive prévue. Ils utilisent pour cela les informations du premier messager interpellé obtenues sous la contrainte.

Pour sa tentative de fuite, Renate Werwigk-Schneider est condamnée par le tribunal d'arrondissement de Rostock à 2 ans et demi de prison. Son père à trois ans et sa mère à un an. Après le procès, elle est transférée à la prison de Francfort sur Oder où elle peut exercer comme médecin de prison.

Après sa libération, à 'été 1965, elle travaille comme assistante médicale et débute une spécialisation dans la clinique pour enfants de Rangsdorf. Au bout de deux ans, elle rencontre l'avocat Wolfgang Vogel, spécialiste dans la vente des prisonniers de RDA. Avec l'aide de son ami, elle ose une deuxième tentative de fuite. Avec un faux passeport, elle est interpellée à la frontière bulgaro-turque et emprisonnée à Sofia. En raison d'un traité entre la RDA et la république populaire bulgare, elle est livrée à la RDA et de nouveau transférée à Hohenschönhausen.

En décembre 1967, elle est condamnée par le tribunal de Potsdam à 3 ans et demi de prison. Un an plus tard, sa libération est achetée par la RFA: Wolfgang Vogel et l'avocat de l'Ouest Stange, déterminent les modalités du transfert entre Bebra et Wertha. Ils lui remettent un gros bouquets de fleurs de ses parents et l'ensemble de ses diplômes, dossiers et papiers d'identité. Dr Renate Werwigk-Schneider se souvient: « Ils avaient dans les mains un coffre remplis d'argent liquide » D'un coup une Mercedes noire du gouvernement fédéral arriva, avec 4 hommes en costume noir. C'était comme dans un livre d'images: Je devais marcher au pas, jusqu'à ce qu’ils disent « c'est elle ». Alors le coffre changea de propriétaire. 2 ans plus tard, elle est autorisée à rendre visite à ses parents à Berlin-Est

Le 9 novembre 1989. Dr Renate Werwigk-Schneider apprend la nouvelle de la chute du Mur à la télévision. Quelques minutes plus tard des amis et des connaissances sonnent à sa porte arrivant de Treptow et de Prenzlauer Berg (Berlin-Est). 8 ou 9 personnes passeront la nuit chez elle à regarder la télévision et à manger des pizza. Le lendemain, ils assistent heureux à un concert spécial donné par le chef d'orchestre Daniel Barenboïm à la Philharmonie, concert improvisé pour les citoyens de RDA.

Anna von Arnim

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Dr. Renate Werwigk-Schneider

Dr. Renate Werwigk-Schneider. Photo privée

DOCUMENTS AUDIOS

Echec de la tentative de fuite par le tunnel de la Brunnenstrasse.

Récit de sa libération et de son rachat par l‘Ouest.

Extraits de l’entretien du 18 octobre 2000, Mémorial du Mur de Berlin (en allemand).